
Sénèque
(vers 4 av. J.-C. - 65)
Figure emblématique du monde Latin du tout début de notre ère, Sénèque fût tout à la fois philosophe, avocat, homme d' État et malheureux précepteur de Néron, qui le forcera à boire la ciguë.
La philosophie de Sénèque est bien sûr avant tout stoïcienne mais c'est à mon sens surtout la confrontation perpétuelle entre sa doctrine et la praxis de cette dernière, confrontée aux épreuves, au choix et aux compromis de la vie réelle, qui en fait sa grande modernité et sa richesse.
-Vivre heureux, ô mon frère Gallion, qui ne le désire ! mais lorsqu'il s'agit de définir
ce qui rend la vie heureuse, tout le monde tâtonne ; et il est si difficile de parvenir à une
vie heureuse que, pour peu qu'on prenne la mauvaise voie, on s'en éloigne d'autant plus
n'on la poursuit avec plus de fougue, car, si la nôtre nous entraîne dans une fausse direc
tion,notre hâte même nous en écarte davantage.
-Paucos servitus, plures servitutem tenent. (Peu d'hommes sont enchaînés à la servitude, beaucoup s'y enchaînent.)
Lettres, XXII.
-Dois-tu rien croire impossible de ce que tu sais pouvoir arriver à tant d'hommes, de ce que tu vois arriver à tant d'autres ? Écoute une belle sentence qui méritait de ne pas sortir des tréteaux : "Le trait qui m'a frappé peut frapper tous les hommes." Celui-ci a perdu ses enfants, ne peux-tu pas perdre les tiens ? celui-là s'est vu condamner : ton innocence est sous le coup du même glaive. Ce qui nous aveugle et nous livre sans force à la douleur, c'est que nous souffrons ce que nous pensions ne devoir jamais souffrir. Le meilleur moyen d'ôter leur énergie aux maux présents, c'est de les prévoir dans l'avenir.
Consolation à Marcia - IX